Les deux hommes sont jugés pour « complot contre l’autorité de l’Etat », « corruption d’agent public » et « faux et usage de faux ». Leur procès devrait reprendre le 28 janvier.
Le procès, ouvert mardi 21 janvier à Cotonou, est sans nul doute le plus attendu du Bénin. Dans le box des accusés se trouvent Olivier Boko et Oswald Homeky, deux anciens fidèles du président Patrice Talon. Jugés par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) pour « complot contre l’autorité de l’Etat », « corruption d’agent public », ou encore « faux et usage de faux », ils n’ont aujourd’hui plus d’avocat. Leur procès a été ajourné et reprendra mardi 28 janvier.
Avant son arrestation, en septembre 2024, Olivier Boko, 60 ans, était un homme d’affaires, patron du groupe Denrées et fournitures alimentaires (DFA), riche et puissant. Ami du chef de l’Etat depuis plus de vingt ans, il était régulièrement présenté comme son bras droit et son probable successeur, bien qu’il n’ait jamais occupé de fonctions officielles dans ses différents gouvernements.
Début 2024, M. Boko avait commencé à afficher ses ambitions pour la prochaine présidentielle, fixée en avril 2026, à laquelle M. Talon ne pourra se présenter si la Constitution reste inchangée. L’entrepreneur avait même lancé son propre mouvement politique, OB26, dont le nom est sans équivoque. « Le deal entre les deux hommes semblait conclu, assure un observateur sur place. La candidature d’Olivier Boko devait s’inscrire dans la continuité du second mandat de Patrice Talon. Mais, de façon inexpliquée, elle a ensuite suscité la colère du chef de l’Etat. »
« L’impartialité » contestée de la présidente de la Cour
Le dauphin est-il parti trop tôt ? A-t-il brûlé les étapes ? Olivier Boko était soutenu dans son ambition par Oswald Homeky, 38 ans, ancien ministre des sports (2016-2023) et jusqu’alors considéré comme un « protégé » de Patrice Talon. Les accusations qui pèsent aujourd’hui sur les deux hommes sont graves. D’après Mario Metonou, le procureur de la Criet, ils ont tenté de remettre de l’argent au commandant de la garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, dans la perspective d’organiser un putsch.
Au début du procès, les avocats de la défense ont plaidé non coupables. Mais, au premier jour d’audience, ils ont surtout dénoncé l’irrégularité de la composition de la Cour et demandé à être dessaisis du dossier. « La juridiction se compose de cinq magistrats, alors qu’ils n’étaient ce jour-là que trois », explique Me Ahounou Ayodele, avocat d’Oswald Homeky. Les conseils de la défense ont aussi contesté « l’impartialité » de Chrystelle Adonon, la présidente de la Cour. « Elle est très proche du couple présidentiel, ce qui fait peser sur elle de sérieux doutes », affirme un membre du barreau.
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Dans un communiqué publié le 21 janvier, le procureur a rétorqué que « la justice ne saurait se soumettre à des chantages ». Mais le lendemain matin, et bien que la Cour soit cette fois constituée de cinq magistrats, les avocats de la défense ont refusé d’entrer dans la salle d’audience. La juge a alors donné 24 heures aux prévenus pour trouver de nouveaux conseils et laissé entendre qu’elle nommerait des avocats commis d’office dans le cas contraire.
« Le procureur sait très bien ce qu’il a à faire pour nous faciliter la désignation de nouveaux avocats, a déclaré à la barre Olivier Boko. Il doit alléger nos conditions de détention. » Depuis le début de leur incarcération, les deux hommes sont à l’isolement.
Le précédent Sébastien Ajavon
Jeudi 23 janvier, Olivier Boko et Oswald Homeky n’avaient encore trouvé personne pour assurer leur défense. La présidente de la Cour leur a alors accordé un délai de cinq jours pour trouver de nouveaux conseils, soit jusqu’au mardi 28 janvier.
